
« Tu comprends, le problème, avec les amerloques, c’est qu’ils entravent que nib aux p’tites choses de la vie…
Leurzigues, y faut toujours qu’ils gaffent la moindre des choses à la m’sure de leurs buildings…
Tu vois, Milo, hier soir au rade, avec tout l’état-major de tonton Sam, il a fallu encore qu’ils nous en cognent plein les mirettes,
c’est qu’chose, moi j’te l’dis! Tu m’connais Milo, j’suis un épicurien… D’entrée j’voulais l’enrubanné terroir… assiette de charcutaille auverpine, Bordeaux cuvé du taulier et p’is tiens, même… pourquoi pas un œuf dur sur l’coin du zinc avec un p’tit coup d’Sauvignon…!
Ben non, trop prolétarien et franchouillard pour leur tierce!
Si ils voulaient nous la faire rupin-platine, fallait causer, on aurait fait péter les roteuses…
Tu parles, vlan!… Ils nous la coltinent produit chimique, décapant et limonade… Ils préféraient du ronflant?
Fallait l’dire… on sortait la mirabelle et l’calva! Moi, l’Bourbon et le soda-Gin, j’ai rien contre,
qu’ce soit claire. Mais un de d’temps en temps alors… et surtout pas les deux à la fois. Ça vient pas d’moi, c’est du côté d’la boite à ragoût qu’ça joue en touche… Parc’que là, merci du billet d’loterie.
Après, ça m’fiche la gamberge et j’me caille la laitance comme une sentinelle de la Wehrmacht sur les bord de la Volga…
Les alcools de céréales, moi ça m’fout des angoisses, qu’est-c’que tu veux que j’te dise !…
Toute la sorgue, je rêve qu’il y a des mirontons qui veulent me dessouder… Ou pire, je gamberge que j’suis en mission pour le gouvernement et que j’ dois sauver la nation!
Tiens, du coup, cette sorgue, pour te dire, tu sais d’quoi j’ai rêvé…? Non…?
Ouvre bien tes écoutilles, ça vaut son pesant de cacahuètes:
- Le président du conseil me faisait parvenir en main propre, par un motard de l’Elysée, un pli signé du président de la république en personne!
Il me demandait de ralléger sur le champ gare de Lyon, pour décarrer par le train de midi cinquante précise direction Dijon!
Tu sais pourquoi faire…? Tiens toi bien…!
Je devais me rendre chez Amora avec deux seaux à incendie pour les faire remplir de moutarde forte et les ramener aux cuisines de Matignon pour un diner d’état en l’honneur du Négus! Tu parles d’une connerie, non ?…
« Ah ben je veux, mon pauv’e Raoul… Ce qui m’fait marrer, c’est qu’sur mézigot, les détergents ça a plutôt l’effet d’me carrer l’oriflamme au vent….
Quand j’me suis pieucé, j’avais une sérieuse envie d’carrer Villejuif dans Pontoise… si tu vois d’quoi j’veux causer…
D’autant qu’les trois gigolettes du service de protection rapprochée de nos ricains, avec leur p’tit accent racoleur et leur air de »n’y touchez pas », elles m’avaient embroussaillée l’pâton à la l’vure! Moi aussi, figure-toi, quand j’ai tisé un peu lerche, je fais des rêves à la branque…
Là c’était pas d’la Série-Noire, mais plutôt du Paris-Hollywood… Ça a tourné aussi à l’angoisse, après, mais dans un autre registre. Ecoute aussi que j’t'affranchisse:
- C’était l’matin et je faisais mes courses sur l’ marca… Comme d’hab’, je passais successivement l’étal de la fleuriste, de la marchande de primeurs, de la crémière, celui de la charcutière, de la mercière et de la fripière…
Sauf qu’au fond d’ma gamberge, c’était pas les rombières molles de la tétine et grasse du faubourg, de la réalité du jour qui officiaient!
Morphée m’avait chanstiqué le lot par des prix de Diane girondes du jabot et frétillantes du soissonnais, genre gambilleuses des Folies-Bergères. Chacune leur tour, elles me glissaient, au passage, un petit mot dans la pogne…
Figure-toi que les gerses me donnaient toutes rencard dans un hôtel particulier pour trimarder en Pays-Bas…
Je te laisse gamberger le festival touristique! Sauf qu’elles étaient six et moi seulabre…
J’suis pas un feignant du plumeau à poussière, mais là, après la septième excursion, j’ai rengracié…
et quand j’me suis réveillé tout en sueur, le battant qui jouait la java, j’ai même cru que j’allais calencher…
Surtout quand j’ai vu qu’j'avais un cierge sur l’ventre…
« Mince, c’est ballot tout ça… Dis donc, t’aurais pu penser aux potes et v’nir me dégauchir pour ta cueillette du cresson, j’t'aurais filé la pogne… »
« C’est ce que j’ai fait, figure-toi… Je suis passé par ton garno, mais ta bignole m’a affranchit que tu étais parti en service commandé pour le gouvernement attriquer d’la moutarde à Dijon… Du coup je l’ai joué tout seul, placé six contre un! »
« Ben c’est pas d’chance, ça… Quand je te dis qu’les produits mâtinés Commonwealth, ça m’réussit pas…
Allez, viens Milo, on rentre au chaud et j’ te paie un Pernod… »
« Attends, faut qu’ j’rentre la chaise… »
Texte de Raoul d’Aubervilliers
gérard Lavalette pour le Piéton de Charonne